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Étude de sélectivité et filiation : éviter les coupures inutiles

techingenierie
29 juin
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 sept.

Sur une installation électrique, un défaut local ne devrait jamais plonger tout un bâtiment dans le noir. C'est précisément le rôle de l'étude de sélectivité et filiation : organiser les protections pour qu'en cas de court-circuit ou de surcharge, seul le disjoncteur le plus proche du défaut déclenche, pendant que le reste de l'installation continue de fonctionner. Mal traitée, cette coordination provoque des coupures inutiles, des arrêts de production et des litiges en exploitation. Bien menée, elle garantit la continuité de service et optimise le coût de l'appareillage. Voici comment l'aborder de façon rigoureuse.

Sélectivité et filiation : de quoi parle-t-on ?

La sélectivité (ou discrimination) est la coordination entre deux protections placées en série : en cas de défaut, seul l'appareil situé immédiatement en amont du point de défaut déclenche, jamais celui qui le précède. La filiation, elle, autorise un disjoncteur aval dont le pouvoir de coupure est inférieur au courant de court-circuit présumé, à condition qu'un disjoncteur amont limite l'énergie traversante. Les deux notions sont complémentaires : la sélectivité vise la continuité de service, la filiation vise l'économie d'appareillage. Une bonne étude exploite les deux ensemble.

Pourquoi la sélectivité évite les coupures inutiles

Sans sélectivité, un défaut sur un départ secondaire peut faire déclencher le disjoncteur général et couper tout le site. Les conséquences sont lourdes, en particulier sur les bâtiments sensibles :

  • arrêt complet d'un process industriel et perte de production ;

  • coupure de circuits de sécurité (éclairage de secours, désenfumage, SSI) dans un ERP ;

  • perte de données informatiques et redémarrages longs ;

  • interventions de dépannage coûteuses et image dégradée auprès du maître d'ouvrage.

Les types de sélectivité

On distingue plusieurs mécanismes, souvent combinés selon les niveaux du tableau :

  • Sélectivité ampèremétrique : basée sur l'écart de calibre entre amont et aval. Simple, mais limitée quand les courants de défaut sont proches.

  • Sélectivité chronométrique : on temporise le déclenchement du disjoncteur amont pour laisser l'aval agir en premier. Utile sur les disjoncteurs de puissance.

  • Sélectivité logique (ZSI) : les disjoncteurs communiquent et bloquent le déclenchement amont tant que l'aval traite le défaut. Élimine la temporisation pénalisante.

  • Sélectivité énergétique : exploite le pouvoir de limitation du disjoncteur amont pour garantir la discrimination sur de forts courants de court-circuit.

La filiation : un complément économique

La filiation (back-up) permet d'installer en aval des disjoncteurs dont le pouvoir de coupure est inférieur au courant de court-circuit présumé au point considéré. Le disjoncteur amont, plus performant, limite l'énergie que l'aval doit couper. Le gain est économique : on évite de surdimensionner tous les appareils. Attention toutefois : la filiation ne se vérifie qu'avec les tableaux de coordination du constructeur, valables pour des couples d'appareils précis. Elle peut par ailleurs dégrader la sélectivité, d'où l'intérêt de traiter les deux sujets dans une même étude.

Comment mener une étude de sélectivité

  • Relever l'architecture de distribution et calculer les courants de court-circuit (Icc) à chaque niveau du réseau.

  • Choisir l'appareillage et vérifier les couples amont/aval via les tableaux de sélectivité et de filiation du constructeur.

  • Superposer les courbes de déclenchement et régler temporisations et seuils pour assurer la discrimination sur toute la plage de défaut.

  • Formaliser une note de calcul et un tableau de sélectivité intégrés au dossier d'exécution, opposables en cas de litige.

Sur des sites exigeants comme ITER, le RJH ou des installations du CEA, et aux côtés d'entreprises telles que SNEF ou NGE, cette rigueur est non négociable : la continuité de service conditionne la sécurité et l'exploitation.

Les erreurs fréquentes à éviter

  • Se fier au seul écart de calibre sans vérifier les tableaux constructeurs.

  • Mélanger des appareils de marques différentes pour lesquelles aucune coordination n'est garantie.

  • Oublier la sélectivité des protections différentielles, source classique de déclenchements intempestifs.

  • Ne pas documenter les réglages, ce qui rend l'installation impossible à maintenir dans le temps.

Sélectivité des protections différentielles : le point le plus souvent raté

La coordination des disjoncteurs se traite en général correctement ; celle des dispositifs différentiels beaucoup moins. Or c'est elle qui génère le plus de déclenchements intempestifs en exploitation, ceux dont l'exploitant se plaint six mois après la réception. Deux conditions doivent être réunies simultanément entre un différentiel amont et un différentiel aval :

  • une condition de courant : la sensibilité de l'appareil amont doit être nettement supérieure à celle de l'aval (typiquement un rapport d'au moins trois entre les deux seuils) ;

  • une condition de temps : l'appareil amont doit être temporisé (type S ou différentiel sélectif) pour laisser à l'aval, instantané, le temps d'éliminer le défaut.

  • le choix du type d'appareil (AC, A, F, B) doit par ailleurs correspondre aux charges réellement alimentées : variateurs, onduleurs, bornes de recharge et alimentations à découpage génèrent des composantes continues qu'un différentiel de type AC ne détecte pas correctement.

Un différentiel général instantané placé en tête d'un tableau qui alimente lui-même des différentiels 30 mA garantit à peu près une chose : la coupure générale au premier défaut d'isolement d'un circuit terminal. C'est un point systématiquement contrôlé lors d'une mise en conformité NF C 15-100 sur un bâtiment existant.

Où l'étude de sélectivité s'inscrit dans le dossier d'exécution

La sélectivité n'est pas une pièce isolée : elle se construit à partir du bilan de puissance et du calcul des Icc, elle conditionne le choix des calibres et des pouvoirs de coupure, et elle se matérialise ensuite dans les schémas. Elle s'appuie donc directement sur le dimensionnement des câbles et des protections et se retrouve, en aval, dans le dossier d'exécution électrique et ses schémas d'armoire : réglages des déclencheurs, temporisations et couples amont/aval doivent y figurer, faute de quoi le tableautier et le mainteneur travaillent à l'aveugle.

Attention aussi aux exigences contractuelles : lorsqu'un CCTP impose une « sélectivité totale » sans autre précision, la formule engage l'entreprise sur toute la plage de défaut, jusqu'à l'Icc maximal. C'est une exigence coûteuse en appareillage. Elle mérite d'être chiffrée explicitement, ou de faire l'objet d'une question à la maîtrise d'œuvre pendant la période de consultation.

Quels éléments transmettre pour lancer l'étude

Une étude de sélectivité se traite vite quand le dossier d'entrée est complet. Les pièces utiles :

  • les caractéristiques de la source : puissance et tension de court-circuit du transformateur, ou puissance du groupe électrogène, ou puissance de raccordement souscrite ;

  • le schéma unifilaire existant ou l'architecture de distribution envisagée, avec les longueurs et sections des liaisons principales ;

  • le régime de neutre retenu (TT, TN ou IT), qui change le calcul des courants de défaut ;

  • la marque et les gammes d'appareillage imposées ou pressenties, puisque les tableaux de coordination sont propres à chaque constructeur ;

  • les exigences de continuité de service : circuits de sécurité, alimentation de remplacement, secours par groupe ou par onduleur.

FAQ

Sélectivité totale ou partielle ? La sélectivité est totale si la discrimination est assurée jusqu'au courant de court-circuit maximal ; partielle si elle n'est garantie qu'en deçà d'une limite, au-delà de laquelle l'amont peut aussi déclencher.

Filiation et sélectivité sont-elles compatibles ? Oui, mais pas toujours simultanément : la filiation peut réduire la sélectivité. Seuls les tableaux du constructeur permettent de valider le couple d'appareils retenu.

Cette étude est-elle obligatoire ? Elle découle des exigences de la NF C 15-100 et des règles de l'art ; elle est en pratique indispensable pour les ERP, les sites industriels et tout bâtiment nécessitant une continuité de service.

Faut-il refaire l'étude après une extension ? Oui dès que la source ou l'architecture changent : ajout ou remplacement d'un transformateur, création d'un nouveau tableau divisionnaire, reprise de départs existants. Les Icc évoluent, donc les couples amont/aval validés auparavant ne le sont plus forcément.

Comment traiter la sélectivité sur une alimentation de secours ? Un groupe électrogène délivre un courant de court-circuit bien plus faible qu'un transformateur de distribution. Les réglages qui assurent la discrimination en régime normal peuvent devenir inopérants en régime secouru : l'étude doit vérifier les deux configurations, source normale et source de remplacement.

Qui réalise l'étude ? Un bureau d'études électrique, à partir des logiciels de calcul et des tableaux de coordination des constructeurs. L'électricien ou l'entreprise générale peut la sous-traiter : elle est livrée sous forme de note de calcul et de tableau de sélectivité annexés au dossier d'exécution.

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