DPGF, BPU et DQE en appel d'offres électricité : remplir son bordereau de prix sans se piéger
La DPGF en appel d'offres électricité est le document qui décide, ligne par ligne, si votre offre est compétitive ou si elle vous fera perdre de l'argent pendant douze mois de chantier. À côté d'elle, le BPU et le DQE obéissent à des logiques différentes que beaucoup d'entreprises confondent. Résultat : des prix unitaires posés sans base, des quantités reprises sans vérification, et des postes entiers du CCTP qui n'apparaissent nulle part dans le bordereau remis. Voici comment lire ces documents, les remplir proprement et sécuriser votre marge dès la remise de l'offre.
DPGF, BPU, DQE : trois documents, trois logiques
Ces trois sigles reviennent dans presque tous les dossiers de consultation, mais ils n'engagent pas l'entreprise de la même façon.
La DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire) détaille un prix forfaitaire. Le total engage l'entreprise sur l'ensemble de la prestation décrite au CCTP, même si une quantité a été sous-estimée dans le détail.
Le BPU (bordereau de prix unitaires) fixe des prix à l'unité, sans quantité contractuelle. Il sert surtout aux marchés à bons de commande et aux accords-cadres : c'est le prix unitaire qui vous suit, parfois plusieurs années.
Le DQE (détail quantitatif estimatif) applique vos prix unitaires à des quantités simulées par le maître d'ouvrage. Il ne sert en général qu'à comparer les offres : les quantités ne sont pas garanties.
La confusion la plus coûteuse consiste à traiter une DPGF comme un DQE. Sur un forfait, une gaine oubliée ou un tableau divisionnaire absent du bordereau reste dû : vous le poserez à vos frais. Pour comprendre le fonctionnement des marchés à bons de commande, voir notre article sur accord-cadre et marché à bons de commande en électricité.
Ce que le maître d'ouvrage attend d'une DPGF remplie
Une DPGF n'est pas seulement un total en bas de page. C'est une pièce d'analyse : l'acheteur ou la maîtrise d'œuvre s'en sert pour vérifier que vous avez compris le programme, pour comparer poste à poste les offres reçues, et plus tard pour valoriser les situations de travaux et les éventuels avenants.
Concrètement, une DPGF exploitable respecte trois principes : la structure imposée n'est pas modifiée (pas de ligne supprimée, pas de fusion de postes), chaque ligne comporte une quantité et un prix unitaire cohérents, et les mentions « pour mémoire » ou « inclus » sont évitées. Une ligne à zéro euro se lit comme un prix cassé volontairement, et elle vous privera de toute base de négociation si le poste évolue en cours de chantier.
Les pièges classiques du bordereau de prix en lot électrique
Les quantités fournies fausses : elles restent indicatives sur un forfait. Un métré rapide sur les plans suffit souvent à repérer un écart significatif sur les chemins de câbles ou les points lumineux.
Les postes décrits au CCTP mais absents de la DPGF : mise à la terre, équipotentielles, réservations, essais et rapport de vérification initiale, DOE et plans de récolement.
Les limites de prestation floues entre lots : alimentation des équipements CVC, attentes pour ascenseur, portes automatiques, désenfumage. Une simple note en bas de DPGF évite un conflit en réunion de chantier.
Les frais de chantier non ventilés : installation, échafaudage, nettoyage, encadrement, coordination BIM. Noyés dans les prix unitaires, ils disparaissent au moment de valoriser un avenant.
Le fichier renvoyé au mauvais format : une DPGF au format tableur demandée et remise en PDF peut suffire à rendre l'analyse impossible, voire l'offre irrégulière.
Le lot courants faibles concentre à lui seul une bonne partie de ces écarts, entre têtes de réseau, câblage VDI, contrôle d'accès et SSI. Nous les détaillons dans notre guide sur chiffrer le lot courants faibles en appel d'offres.
Méthode : du CCTP au prix unitaire
Le bon ordre de travail évite la plupart des oublis. Première étape : lire le CCTP en surlignant chaque prestation, puis pointer une par une ces prestations dans la DPGF. Ce simple contrôle croisé fait apparaître les postes manquants et les doublons.
Deuxième étape : le métré. Reprendre les plans pour recalculer les linéaires de câbles et de chemins de câbles, le nombre de points d'éclairage, de prises, de départs de tableau. Troisième étape : le prix de revient, décomposé en fourniture, main-d'œuvre, matériel et sous-traitance éventuelle. Un temps de pose par unité, issu de vos propres chantiers, vaut mieux que n'importe quel ratio générique. Enfin, appliquer les frais généraux et la marge, puis relire l'ensemble à froid avec un regard neuf.
Cette lecture méthodique du dossier commence bien avant le chiffrage : notre article sur analyser un DCE en électricité avant de répondre décrit l'ordre de dépouillement des pièces du dossier de consultation.
Répartir frais généraux et marge sans déséquilibrer le bordereau
Deux stratégies coexistent. La répartition homogène étale les frais et la marge sur toutes les lignes : le bordereau est lisible, cohérent, difficile à attaquer. La répartition différenciée charge les postes que l'on sait susceptibles d'augmenter et allège ceux qui risquent d'être supprimés.
La seconde approche est tentante mais dangereuse : des prix unitaires visiblement incohérents entre eux attirent l'attention de l'analyste et peuvent déclencher une demande de justification, voire un soupçon d'offre déséquilibrée. Si votre total sort nettement sous celui des concurrents, sachez ce que l'acheteur peut vous demander, comme expliqué dans notre article sur l'offre anormalement basse en appel d'offres électricité.
Cohérence entre DPGF, mémoire technique et planning
Les trois pièces sont lues ensemble. Si le mémoire technique annonce une équipe de six compagnons et que la DPGF ne finance qu'un plateau de deux personnes, la contradiction se voit. Si le planning promet une intervention en quatre mois alors que les heures chiffrées en couvrent le double, la note de valeur technique en souffre.
Un exemple courant : sur une rénovation de bâtiment tertiaire en site occupé, la DPGF doit refléter le travail en horaires décalés et le phasage par plateau annoncés dans le mémoire. Sinon, l'offre paraît soit irréaliste, soit sous-évaluée.
Se faire épauler par un bureau d'études pour sa réponse
Remplir correctement un bordereau demande du temps de bureau, rarement disponible quand les équipes sont en production. TECH Ingénierie accompagne les électriciens et les entreprises générales sur la réponse aux appels d'offres : mémoire technique, planning d'exécution et DPGF estimatif, à partir de 390 € HT. Nous intervenons à distance sur toute la France, avec des devis d'étude transmis sous 48 h.
Notre bureau d'études électrique CFO/CFA a travaillé sur des environnements aussi exigeants que les projets ITER et RJH pour le CEA, et intervient auprès d'acteurs comme SNEF ou NGE. Cette culture du dossier complet et vérifié se retrouve dans chaque bordereau que nous produisons. Vous préparez une remise et le bordereau vous freine ? Envoyez-nous le DCE, nous revenons vers vous sous 48 h.
FAQ
Peut-on modifier la structure d'une DPGF fournie par le maître d'ouvrage ? En principe non. Il faut conserver les lignes telles quelles et ajouter, s'il y a lieu, des lignes complémentaires clairement identifiées en fin de tableau ou une note explicative. Supprimer ou fusionner des postes rend l'analyse comparative impossible et expose l'offre à un rejet.
Que faire si une quantité de la DPGF paraît manifestement fausse ? Poser une question écrite pendant la période de consultation, sur la plateforme de dématérialisation. La réponse de l'acheteur est communiquée à tous les candidats et fait partie du dossier. À défaut de réponse, chiffrer la quantité réelle et le signaler dans une note d'offre.
Le DQE engage-t-il l'entreprise sur les quantités ? Non. Le DQE sert au classement des offres avec des quantités simulées. Ce sont les prix unitaires du BPU qui deviennent contractuels et qui s'appliqueront aux commandes réelles.
Faut-il chiffrer les variantes dans la même DPGF ? Non. Les variantes et prestations supplémentaires éventuelles se présentent sur un bordereau distinct, afin que l'offre de base reste comparable à celle des concurrents.
